De retour de mon périple entre Montréal et New York City, je reviens avec quelques informations concernant des sujets distincts bien que corrélés. Comme je l'avais analysé dans mes articles
précédents sur la baisse des taux de la Réserve Fédérale Américaine et de la chute du dollar, la récession se confirme aux Etats-Unis.
C'est ainsi qu'un ami trader sur les produits dérivés m'a confirmé selon ses sources et indicateurs de marchés (statistiques) que la récession américaine était bien attendue et mesurée pour
le premier trimestre de l'année 2008. Or à lire les sites d'informations boursières tout ceci n'est encore qu'au conditionnel alors qu'aujourd'hui même vient de sortir un nouvel
indicateur catastrophique de l'emploi américain, 63 000 destructions d'emplois (et non pas suppressions c'est à dire que ce sont des postes qui n'existent plus) sur le seul mois
de février, la plus forte baisse depuis 5 ans. De plus février étant un mois plus court que les autres, on peut craindre la publication des résultats du mois de mars.
Cela dit les Etats-Unis restent un pays qui va de l'avant car qui dit récession ne dit pas forcément anéantissement. La récession est en effet un des risques d'une économie basée sur la
consommation comme l'est l'économie américaine. Des retournements violents peuvent se faire sentir mais un des grands débats entre les deux types de capitalisme (américain ou européen) est
toujours de démontrer quel est le meilleur entre une économie à forte croissance avec des ratés ou une économie lente qui avance par petits sauts de puce... Tout est question de rapport
gain/risque. Comme pour tout, plus on veut gagner plus le risque de perdre est grand, il faut savoir arbitrer selon son niveau d'aversion au risque...
Je tiens tout de même à vous relater une anecdote surprenante pour un européen en Amérique du Nord. Je me rendais donc au cinéma avec mon amie un mardi soir à Montréal quand à la caisse j'ai
aperçu un homme avec une pile de 20 cartes de crédit se demandant quelle était celle qu'il aller utiliser pour payer son ticket d'entrée... C'est selon moi un réel problème de l'économie
américaine pour l'année à venir car en regardant les statistiques on se rend compte que seulement 40% des utilisateurs de ces cartes de crédit remboursent régulièrement leurs
dettes, les 60% restants n'arrivant à rembourser pour les meilleurs d'entre eux que les intérêts et reportant le montant de la dette sur le mois suivant, sur lequel des intérêts nouveaux
et plus importants s'appliquent. Pour l'année 2007, le montant des crédits à la consommation non encore régularisés aux Etats-Unis s'élève à 900 milliards de dollars US et chaque
américain possède en moyenne 3 cartes de crédit... Credit crunch soon (C'est à dire que les banques ne prêtent plus que sous des conditions drastiques et à des taux élevés)...
Du côté des marchés financiers, un rebond technique avait été entamé mais les indices reprennent leur inévitable chute. En effet cette remontée subite n'a été que le fait d'investisseurs croyants
trouver de bonnes opportunités d'achats après les fortes baisses récentes. Bien malheureux sont ceux qui ont acheté durant les deux dernières semaines dans une optique moyen terme... Moralité il
ne sert à rien d'aller contre la tendance du marché, dans 95% des cas on se retrouve à contre tendance. Et les 5 derniers % me direz-vous et bien il vaut mieux être à contre tendance sur ces 5%
que sur les 95 autres..
Un simple coup d'oeil sur le graphique du CAC40 nous montre que la tendance ne s'est aucunement inversée ces derniers jours :
En ce qui concerne l'affaire de la Société Générale, j'ai réussi à avoir une partie de l'explication de la fraude par une source interne. Jérôme Kerviel (the rogue trader) aurait en effet
simplement profité du laxisme des systèmes de contrôle de la SocGen. Tout d'abord il faut comprendre une partie de la hiérarchie des salles de marché. Les traders font partie du
Front Office, ce sont eux qui négocient les produits sur les marchés financiers à l'aide d'outils statistiques et ils sont contrôlés en permanence par le Middle Office qui doit les arrêter et
couper leurs positions si les risques deviennent trop importants ou s'ils dépassent leurs encours maximum autorisés.
Or au sein de la société générale, il était courant que les traders s'occupent de certaines opérations de Middle Office en utilisant les mots de passe des agents de niveau
inférieur. Il est aisément compréhensible que le contrôle est moins (n'est pas?) efficace si on peut accéder aux données des contrôleurs et qu'on en saisi même certaines à leur place.
Ajouté à cela le fait que Jérôme Kerviel venait, fait rare, du Middle Office et avait été promu en Front, il connaissait donc exactement les méthodes de contrôle et leurs failles et a donc pu
contourner tous ces systèmes. Un point reste néanmoins obscur pour moi, comment peut on cacher des sommes aussi importantes que 5 milliards d'euros à sa hiérarchie pendant si longtemps...?
Bref tout ne va pas pour le mieux du côté de l'économie et ceci affecte bien entendu chacun d'entre nous au quotidien de manière insidieuse...
En bonus pour vous remontez le moral après tant d'émotions, une photo prise à New York par ma photographe préférée ;)
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